Se salir dans la nature est bon pour la santé des enfants, voici la raison !!

Certains pensent encore que protéger la santé des enfants passe par aseptiser leur lieu de vie. Nous sommes pourtant de plus en plus nombreux à laisser s’exprimer l’attirance naturelle de nos enfants pour les patouilles forestières et autres gratouilles champêtres… Et les dernières recherches scientifiques sont de notre côté!

Pour aborder cette question délicate, je fais appel à un expert, Guillaume, ingénieur spécialiste de l’évaluation des risques sanitaires. Grâce à lui, vous aurez désormais des arguments imparables pour répondre à vos parents ou beaux parents qui s’étranglent en voyant les mains sales de vos enfants!

Une saleté bénéfique pour la santé des enfants?

Chaque parent le remarque : les jeunes enfants ont une tendance instinctive à porter divers objets à la bouche, augmentant ainsi leur exposition à la saleté. Cet instinct pourrait être hérité des comportements de nos ancêtres préhistoriques : ces comportements, façonnés par des millions d’années d’évolution, leur procuraient un avantage pour la survie et la reproduction, et donc pour la santé notamment.

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Et de fait, nos ancêtres :

  • étaient constamment au contact de la saleté naturelle, sans douche quotidienne
  • mangeaient de la terre, tous les jours, car ils ne lavaient ni leurs mains ni leur nourriture.

Porter instinctivement à la bouche des objets sales devrait donc, comme pour nos ancêtres, apporter des bénéfices à la santé de nos enfants. Cette hypothèse peut surprendre tant, depuis le succès des travaux de Pasteur au XIXe siècle, les micro-organismes sont tenus pour responsables de nombreuses maladies.

Les microbes seraient nos amis…

Seule une très faible part des microbes connus est effectivement pathogène. Mieux : la plupart des microbes vit dans une relation de symbiose avec le corps humain, c’est-à-dire une relation d’entre-aide mutuelle. Plus les connaissances progressent à leur sujet, plus les microbes sont considérés comme des éléments clés de notre santé . D’ailleurs, la plupart des animaux ont également des relations de symbiose avec des microbes étrangers .

Où se trouvent ces micro-organismes ?

Ils sont « sur nous » et « en nous », principalement sur notre peau et dans nos intestins. Une faune abondante et diversifiée (bactéries, champignons, virus) est présente à la surface de notre corps. Cette faune joue un rôle majeur pour la santé de notre peau . Par exemple, elle régule et appuie la réponse immunitaire face à des parasites et des allergènes . Mais il y a plus impressionnant : environ cent mille milliards de micro-organismes  peuplent notre système digestif, soit environ dix fois plus de cellules que celles de notre corps. Ces microbes représentent un poids de plusieurs kilos (!). Ils participent à la digestion des aliments, à la prévention des infections … et même, grâce aux connexions physiologiques entre les intestins et le cerveau , à la régulation de nos émotions et de nos potentiels états dépressifs.

Remettons nos enfants en contact avec les microbes!

Comme les adultes, les enfants s’appuient sur des microbes pour être en bonne santé. Plus particulièrement, ils ont principalement besoin des microbes avec lesquels le corps humain sait construire une relation de symbiose, un écosystème local. Mais le contact avec des microbes pathogènes, dans une moindre mesure, a également son utilité : ces microbes constituent une sorte d’ « entrainement » [8] qui renforce le système immunitaire.

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Plus précisément, notre système immunitaire se divise en deux parties :

  • le système inné, qui répond automatiquement aux agressions communes : éraflures aux genoux, piqûres d’abeilles, coupures diverses, etc.
  • le système adaptatif qui, comme son nom l’indique, répond de manière spécifique aux microbes pathogènes d’un environnement donné. En y étant exposé régulièrement, le système adaptatif apprend, petit à petit, à reconnaître ces microbes et à y répondre spécifiquement [8]. On parle de « mémoire immunitaire ».

Cet apprentissage est  une étape essentielle chez les jeunes enfants [8], dont le système immunitaire est encore immature. Un des chercheurs les plus connus sur cette thématique, Joel Weinstock, interrogé par le New York Times [12], compare leur système immunitaire à « un ordinateur non programmé, qui a besoin d’instructions ».

Que se passe-t-il si nos enfants ne sont pas suffisamment en contact avec des microbes ?

Selon la fameuse « hypothèse hygiéniste », les environnements très nettoyés et désinfectés des pays développés, comprenant peu de microbes, seraient responsables de l’augmentation de plusieurs pathologies. Par exemple :

  • les allergies, comme le rhume des foins ou l’eczéma : les systèmes immunitaires des enfants, dont la mémoire est insuffisamment développée et qui ne peuvent pas s’appuyer sur l’aide des microbes, « sur-réagissent » lorsqu’ils sont exposés à certaines substances ;
  • l’asthme , qui peut résulter de l’aggravation d’un rhume des foins ;
  • diverses maladies de peau, comme le psoriasis par exemple;
  • les pathologies liées à une détérioration de la flore bactérienne du système digestif : maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, maladie de Crohn , certains cancers , etc.

L’hypothèse hygiéniste a été formulée à la fin des années 1980. Depuis, de nombreux travaux scientifiques sont venus l’appuyer… mais également la préciser. Cette hypothèse affinée est aujourd’hui appelée l’« hypothèse des vieux amis ». Ces « vieux amis » sont les microbes qui nous sont le plus bénéfiques. Et ils se trouvent principalement… dans la nature !

Que couvre exactement l’hypothèse des vieux amis ? Comment s’appuyer sur cette hypothèse et sur la nature pour augmenter le niveau de santé de nos enfants ? C’est ce que nous approfondirons dans la suite de cet article, que vous pourrez découvrir sur le blog Santé des enfants en environnement. Nous en profiterons pour récapituler les bonnes pratiques que les parents peuvent mettre en place, afin de préserver et de prendre soin de la flore microbienne de leurs enfants.

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