Nous serions plus stressés à la maison qu’au travail


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Contre toute attente, nous serions plus stressés à la maison qu’au bureau, selon une étude américaine.

 Mal des sociétés modernes, le stress est souvent associé à la pression du travail, et mis en opposition avec la quiétude du bonheur familial. Une étudepubliée début mai sans Social Science & Medicine et menée par le Dr Sarah Damaske, sociologue à la Pennsylvania State University, aux États-Unis, vient remettre en cause cette idée. Ses recherches montrent que nous sommes plus stressés à la maison qu’au travail.

Les chercheurs ont réuni un groupe de 122 personnes, et ont évalué leur stress pendant quelques jours passés au travail, coupés par un weekend. Le taux de cortisol – molécule indicatrice de stress – des participants a été dosé six fois par jour à heures régulières pour relever les niveaux de stress physiologique, et a été associé au ressenti des cobayes, mesure plus subjective. Si les évaluations personnelles ont donné des résultats inégaux, les taux de cortisol ont montré que les travailleurs étaient finalement davantage stressés lorsqu’ils étaient chez eux que sur leur lieu de travail.

Le cortisol, indicateur objectif de stress

«Nous savions déjà que les travailleurs bénéficient d’une meilleure santé physique et mentale, en particulier les mères de 45 ans ayant travaillé à plein temps entre 20 et 40 ans, en comparaison des autres – travailleuses à mi-temps, chômeuses ou femmes au foyer -», explique le Dr Damaske. Des études menées dans les années 1990 avaient montré que le stress domestique pouvait surpasser le stress au travail, mais aucune n’avait utilisé de mesure objective du stress. «Ces niveaux de cortisol plus bas au travail confirment ces résultats préliminaires, que nous avions du mal à concilier avec l’idée répandue selon laquelle le travail est la source majeure du stress».

Le stress, phénomène biologique naturel, marque le besoin d’une adaptation du sujet à son environnement, lorsqu’il est confronté à une menace. Il traduit une incertitude sur la capacité à gérer la situation. «Si le stress ponctuel et aigu peut être un moteur pour de nombreuses personnes, la répétition au quotidien – le stress chronique – sollicite le corps de manière excessive, et mène à l’épuisement», explique au Figaro Patrick Amar, psychologue et auteur deJ’arrête de stresser. Le travail prend ainsi une place de choix dans les mécanismes de déclenchement du stress.

Maîtrise, focalisation et responsabilité limitée

Plusieurs facteurs peuvent néanmoins expliquer les résultats du Dr Damaske. Le travail peut avoir une valeur thérapeutique lorsqu’il est satisfaisant, grâce notamment aux opportunités de reconnaissance qu’il fournit. C’est un lieu où s’expriment des liens sociaux et l’accomplissement personnel, essentiels au bien-être des personnes. «La focalisation sur une tâche précise favorise le bien-être, alors que chez soi, les tâches sont multiples et il est facile de s’éparpiller», ajoute Patrick Amar. «Au travail, nous connaissons aussi notre degré de responsabilité maximal, ce qui n’est pas le cas dans la vie de famille, car la responsabilité est totale envers ses enfants par exemple. Il est relativement facile de quitter un emploi, mais pas une famille».

«L’un des facteurs très importants pondérant le stress lié au travail reste le sentiment de maîtrise», continue-t-il. «Les travailleurs connaissent les tâches qu’ils doivent accomplir, et se savent compétents pour atteindre des objectifs. La vie de famille ne procure pas toujours ce sentiment».

«On a aussi remarqué que l’équilibre entre heures chômées et heures travaillées joue un rôle primordial dans le stress, précise Patrick Amar. Le principal générateur n’est finalement pas la vie à la maison, ni le travail, mais l’articulation entre les deux. C’est pour cette raison que l’assouplissement des horaires, ou une possibilité ponctuelle de télétravail, sont un gage de réduction du stress, car ces aménagements permettent de gérer l’emploi du temps avec plus de sérénité».

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